Puis, elle soupira, leva la tête, regarda le ciel et subitement se tut.
Un long silence plana.
La naine souriait et les étoiles bleutées clignotaient, aussi incompréhensibles et naïves que ses yeux.
CHAPITRE IV
L'ALCHIMISTE
1494
I
Dans la banlieue déserte de Milan, près des portes Vercelli, non loin des écluses et de la douane sur le canal de Catarana, s'élevait une chétive maison avec une grande cheminée tordue d'où, jour et nuit, s'échappait de la fumée. Cette maison appartenait à la sage-femme monna Sidonia, qui louait les étages supérieurs à l'alchimiste messer Galeotto Sacrobosco. Monna Sidonia se réservait le rez-de-chaussée qu'elle habitait avec Cassandra, la nièce de Galeotto, fille du célèbre voyageur Luigi Sacrobosco, qui toujours infatigable avait parcouru la Grèce, les îles de l'Archipel, la Syrie, l'Asie Mineure et l'Egypte, à l'affût des antiquités.
Il collectionnait tout ce qu'il trouvait; les uns le considéraient comme un fou; les autres comme un vantard fourbe; d'autres enfin comme un grand homme. Son esprit était tellement imprégné de souvenirs païens, que Luigi, bon catholique jusqu'à la fin de ses jours, priait sincèrement «le très saint génie Mercure» et gardait la conviction intime que le mercredi, jour consacré au messager ailé des dieux, était spécialement favorable aux opérations commerciales. Rien ne l'arrêtait dans ses recherches. Lorsqu'on lui demandait pourquoi il se ruinait, pourquoi toute sa vie il supportait de pareils travaux et risquait tant de dangers, Luigi répondait invariablement: