—Mon ami, continua le malade, tu connais la calomnie?
—Quelle calomnie, Altesse? demanda le peintre.
—Tu ne sais pas? Alors mieux vaut ne pas en parler... Cependant, si, je te la dirai: nous en rirons ensemble. Ils insinuent...
Il s'arrêta, fixa ses yeux sur ceux de Léonard et acheva avec un doux sourire:
—Ils insinuent que tu es mon meurtrier.
Léonard crut que le malade délirait.
—Oui, oui, n'est-ce pas? Quelle folie! Toi, mon meurtrier. Il y a trois semaines environ, mon oncle le More et Béatrice m'ont envoyé une corbeille de pêches. Madonna Isabella est convaincue que depuis que j'ai goûté à ces fruits je suis plus malade, que je meurs d'un empoisonnement lent et que dans ton jardin il y un arbre...
—C'est vrai, dit Léonard.
—Oh! mon ami! Est-ce possible?
—Non, même si ces fruits viennent de mon jardin. Je comprends d'où viennent ces allusions, en désirant étudier l'effet des poisons, je voulus rendre un pêcher vénéneux. J'ai dit à mon élève Zoroastro de Peretola que les pêches étaient empoisonnées. Mais l'essai n'a pas réussi. Les fruits sont inoffensifs. Mon élève, trop pressé, a dû raconter à quelqu'un...