Ludovic le More lui a confié l'installation dans son palais de tuyaux acoustiques cachés dans l'épaisseur des murs.

—L'oreille de Denys—permettant au seigneur d'entendre dans un appartement ce qui se dit dans l'autre. Tout d'abord Léonard s'en occupa avec passion. Mais bientôt, selon son habitude, son enthousiasme refroidi, il commença à remettre ces travaux sous différents prétextes. Le duc le presse et se fâche. Aujourd'hui on est venu plusieurs fois du palais le chercher. Mais le maître est pris par un autre travail nouveau qui lui semble non moins important que l'installation de l'oreille de Denys—des expériences sur les plantes: ayant coupé les racines d'une citrouille et n'ayant laissé qu'un petit rejeton, il l'arrose abondamment avec de l'eau. A la très grande joie de Léonard, la citrouille ne s'est pas desséchée et la mère—comme il s'exprime—a heureusement nourri tous ses enfants, à peu près soixante longues courges. Avec quelle patience, avec quel amour il suivait l'existence de cette plante! Aujourd'hui, il est resté jusqu'à l'aube assis sur une plate-bande de potager, observant comment les larges feuilles boivent la rosée nocturne.

«La terre, dit-il, abreuve les plantes de moiteur, le ciel de rosée et le soleil leur donne une âme», car il suppose que l'âme n'appartient pas uniquement à l'homme, mais aussi aux animaux et même aux plantes, opinion que fra Benedetto considère éminemment comme hérétique.

Il aime tous les animaux. Parfois il passe des journées à observer et dessiner des chats, à étudier leurs mœurs et leurs habitudes: comment ils jouent, comment ils se battent, dorment, lavent leur museau avec leurs pattes, attrapent les souris, étirent le dos et se hérissent devant les chiens. Ou bien avec la même curiosité il regarde à travers les glaces d'un aquarium les poissons, les limaces, les gordins, les sèches et autres animaux marins. Son visage exprime une profonde et calme satisfaction quand ils se battent et se mangent entre eux.

A la fois mille travaux. Il n'en achève pas un sans s'attaquer à un autre. Cependant chaque travail ressemble à un jeu, chaque jeu à un travail. Il est divers et inconstant. Cesare dit que les rivières couleront plutôt vers leur source, que Léonard ne se confinera en une seule œuvre et la mènera à bonne fin. En riant il l'appelle le plus grand des déréglés, assurant que de tous ces labeurs il n'y aura aucun profit. Léonard selon lui aurait écrit cent vingt livres «sur la nature» «Delle cose naturali». Mais ce ne sont que des notes prises au hasard, des bouts de papier, des remarques. Plus de cinq mille feuilles dans un tel désordre que lui-même souvent ne peut s'y retrouver.