Quelle insatiable curiosité, quel bon et prophétique regard il a pour la nature! Comme il sait remarquer l'imperceptible! Il a pour tout un heureux étonnement, avide, pareil à celui des enfants et tel que devaient l'éprouver les premiers habitants du paradis.
Des fois d'une chose très vulgaire, il s'exprime d'une façon telle que, si l'on vivait cent ans, on ne pourrait l'oublier.
L'autre jour, en entrant dans ma chambre, le maître me dit: «Giovanni, as-tu remarqué que les petites chambres concentrent l'esprit et que les grandes poussent à l'action?»
Ou bien encore: «Dans une pluie sans soleil les contours des objets semblent plus nets.»
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De nouveau deux jours de travail à la tête de l'apôtre Jean. Mais hélas! quelque chose s'est perdu durant les amusements avec les ailes de mouches, les courges, les chats, l'oreille de Denys, l'écusson et autres travaux de même importance. Il n'a pas terminé, a tout laissé là et, selon l'expression de Cesare, est entré tout entier dans la géométrie, comme un colimaçon dans sa coquille,—plein de dégoût pour la peinture. Il prétend même que l'odeur des couleurs, la vue des pinceaux et de la toile l'écœurent.
Voilà comment nous vivons, selon le désir du hasard, au jour le jour, à la grâce de Dieu. Nous attendons sur la plage que la mer soit belle. Heureusement qu'il ne pense pas à sa machine volante, sans cela, bonsoir patron! Il s'enfouirait dans sa mécanique tant et si bien que nous ne le verrions plus!
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J'ai remarqué que, chaque fois qu'après de nombreuses échappatoires, des doutes, des indécisions, il se remet de nouveau au travail, prend un pinceau dans sa main, un sentiment de peur s'empare de lui. Il n'est jamais content de ce qu'il a fait. Dans des œuvres qui paraissent aux autres le comble de la perfection, il trouve des erreurs. Il poursuit tout le temps l'insaisissable, ce que la main humaine,—quel que soit l'infini de son art,—ne peut exprimer. Voilà pourquoi presque jamais il n'achève ses œuvres.
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