Andrea Salaino est tombé malade. Le maître le soigne, passe ses nuits à son chevet. Mais il ne veut pas entendre parler de médicaments. Marco d'Oggione, en cachette, a apporté au malade des pilules. Léonard les a trouvées et les a jetées par la fenêtre. Lorsque Andrea lui-même insinua qu'une saignée serait peut-être salutaire, qu'il connaissait un excellent barbier expert en cette matière, Léonard s'est fâché sérieusement, a donné des noms grossiers à tous les docteurs, et a dit entre autres choses:

—Je te conseille de penser non à la façon de te soigner, mais à celle de conserver ta santé, ce que tu atteindras d'autant plus facilement que tu éviteras le plus les docteurs, dont les médicaments sont aussi stupides que les compositions des alchimistes.

Et il ajouta avec un sourire gai et malin:

—Comment pourraient-ils ne pas s'enrichir, ces menteurs, lorsque chacun ne songe qu'à ramasser le plus d'argent possible pour le donner aux médecins, ces démolisseurs de la vie humaine! Ogni omo desidera far capitale per dare a medici, destruttori di vite—adunque debono essere richi!

Léonard a depuis longtemps rêvé et commencé, selon son habitude, sans le terminer, et Dieu sait s'il le terminera jamais, un Traité de la Peinture, «Trattato della Pittura». Ces derniers temps, il s'est beaucoup entretenu avec moi de la perspective, en me citant des extraits de son livre et ses pensées sur l'Art. J'inscris ici ce dont je me souviens.

Que le Seigneur récompense mon maître, pour l'amour et la sagesse avec lesquelles il me dirige dans les sphères élevées de cette noble science! Que ceux entre les mains desquels tomberont ces pages, prient pour l'âme de l'humble esclave de Dieu, l'indigne élève Giovanni Beltraffio et pour l'âme du grand maître florentin Léonard de Vinci!

Le maître dit: «La Beauté meurt dans l'homme et non dans l'Art. Cosa bella mortal passa e non d'arte.»