—En vérité l'homme est le roi des animaux, ou plutôt, le roi des brutes, re delle bestie, car rien n'égale sa cruauté.

Que Dieu me pardonne, de nouveau je n'ai su résister, j'ai suivi Cesare dans ce maudit cabaret. J'ai parlé de la charité du maître.

—Est-ce de celle, Giovanni, qui pousse messer Leonardo à ne se nourrir que d'herbes?

—Quand bien même, Cesare? Je sais...

—Tu ne sais rien du tout! m'interrompit-il. Messer Leonardo ne fait point cela par bonté; il s'amuse simplement comme avec tout le reste, c'est un original, un fanatique.

—Comment, un fanatique? Que dis-tu?

Il rit et avec une gaieté forcée:

—Bon, bon, ne discutons pas. Attends, quand nous rentrerons, je te montrerai les curieux dessins du maître...

En effet, de retour à la maison, doucement, comme des voleurs, nous nous introduisîmes dans l'atelier vide. Cesare fouilla, tira un cahier de dessous une pile de livres et me montra les dessins. Je savais que j'agissais mal, mais je n'avais pas la force de résister et je regardais curieusement.