—Cet appareil n'est pas exact, répondit l'inconnu à contre-cœur. Ordinairement, pour calculer les proportions, je divise la figure humaine en degrés, parties, secondes et points. Chaque division représente le douzième de la précédente.
—Vraiment! dit Merula. Il me semble que la dernière division est plus petite que l'épaisseur d'un cheveu. Cinq fois la douzième partie!
—Le point tierce, expliqua l'inconnu avec ennui, est la quarante-huit mille huit cent vingt-troisième partie de la figure.
Merula leva les sourcils et, souriant, incrédule:
—On vivrait un siècle, on apprendrait pendant un siècle. Jamais je n'aurais songé qu'on puisse atteindre à une pareille exactitude.
—Plus on est exact, mieux cela vaut! répartit son interlocuteur.
—Oh! certainement! répliqua Merula, bien que, savez-vous, en art, en beauté, tous ces calculs mathématiques... Je dois avouer que je ne puis croire qu'un artiste en plein enthousiasme, dominé par l'inspiration, pour ainsi dire sous l'influence directe de Dieu...
—Oui, oui, vous avez raison, acquiesça l'inconnu, mais il est tout de même curieux de sentir...
Et s'agenouillant, il calcula au goniomètre le nombre de divisions entre la naissance des cheveux et le menton.
«Sentir! songea Giovanni. Est-ce qu'on peut sentir et mesurer. Quelle folie! Ou bien il ne sent et ne comprend rien?...»