Merula, désirant évidemment toucher au vif son interlocuteur et faire naître une discussion, commença à louer la perfection des anciens: combien il serait profitable de les imiter. Mais l'inconnu se taisait et lorsque Merula se tut, il dit avec un sourire moqueur qui se perdit dans sa longue barbe:

—Qui peut boire à la source ne boira pas dans la coupe.

—Permettez! se récria l'érudit, permettez! Ou bien alors si vous considérez les anciens comme la coupe, où est la source?

—La nature! murmura l'inconnu.

Et quand Merula reprit nerveusement la conversation, il ne discuta plus, approuva avec condescendance. Seul, son regard devenait de plus en plus impénétrable et indifférent.

Enfin Giorgio se tut, à bout d'arguments. Alors l'inconnu désigna certains renfoncements dans le marbre, renfoncements que l'on ne pouvait voir, qu'il fallait découvrir à l'aide du toucher pour constater la délicatesse du travail:—moltissime dolcezze suivant l'expression de l'inconnu. Et d'un seul regard il enveloppa tout le corps de la déesse.

«Et moi qui croyais qu'il ne sentait pas! s'étonna Giovanni. Mais s'il est accessible à une sensation, comment peut-il mesurer et diviser par chiffres? Qui est-ce?»

—Messer, murmura Giovanni à l'oreille de Merula, écoutez, messer Giorgio. Comment se nomme cet homme?

—Ah! tu es là, moinillon! dit Merula en se retournant. Je t'avais oublié. Mais c'est ton idole. Comment ne l'as-tu pas reconnu? C'est messer Leonardo da Vinci.

Et Merula présenta Giovanni à l'artiste.