—Eh bien! chevalier du collier de chanvre, montre-nous comment les Français dansent la gaillarde!
Au rire général, le corps de l'adolescent se balança secoué par les derniers frissons.
Quelques pas plus loin, Léonard aperçut une vieille vêtue de haillons qui, se tenant devant une masure détruite par les bombes, tendait les bras et suppliait:
—Oh! oh! oh! Aidez-moi, aidez-moi!
—Qu'as-tu? demanda le cordonnier Corbolo. Pourquoi pleures-tu?
—Le petit... le petit est écrasé... Il était dans son lit... le parquet s'est effondré... Peut-être vit-il encore... Aidez-moi!
Une bombe déchira l'air en sifflant et tomba sur le toit de la maisonnette. Les poutres craquèrent. Un nuage de poussière monta. La masure s'abattit et la femme se tut.
Léonard se dirigea vers l'hôtel de ville. Face à la loggia Osii, un étudiant de l'Université de Pavie, monté sur un banc, déclamait sur la grandeur du peuple, l'égalité des pauvres et des riches, la chute des tyrans. La foule l'écoutait, méfiante.
—Citoyens! criait l'orateur en brandissant un couteau, citoyens, mourons pour la liberté! Trempons le glaive de Némésis dans le sang des tyrans! Vive la république!
—Qu'est-ce qu'il invente? lui répondirent des voix. Nous savons quelle liberté vous courtisez, traîtres, espions des Français! Au diable la république! Vive le duc! A mort le traître!