Lorsque l'orateur voulut expliquer sa pensée en citant des exemples classiques de Cicéron, Tacite et Tite-Live, on l'arracha de son banc, on le piétina:
—Voilà pour ta liberté, voilà pour ta république! Allons, frappez-le! Tu ne nous tromperas pas. Tu te souviendras de ce qu'il en coûte d'ameuter le peuple contre le duc légitime!
Sur la place d'Arengo, Léonard vit les flèches et les tourelles de la cathédrale, pareilles à des stalactites dans le double reflet bleu de la lune et rouge des incendies.
Devant le palais archiépiscopal, de la foule, qui ressemblait à un tas de corps amoncelés, s'élevaient des plaintes.
—Qu'est-ce? demanda l'artiste à un vieil ouvrier à visage effrayé, bon et triste.
—Qui sait? Ils ne le savent pas eux-mêmes. On dit que c'est un espion des Français, le vicaire Giacomo Crotto. On prétend qu'il a donné au peuple des aliments empoisonnés. Peut-être n'est-ce pas lui. Le premier qui tombe sous leurs mains, ils le battent. C'est terrible vraiment. Oh! Seigneur Jésus, aie pitié de nous!
De l'attroupement sortit le verrier Gorgolio qui agitait comme un trophée une tête ensanglantée piquée sur une longue perche.
Le gamin Farfaniccio courait derrière lui, sautait et hurlait en désignant la tête:
—Mort aux traîtres!
Le vieil ouvrier se signa et murmura: