Un silence plana.
Une foule de seigneurs, de chevaliers, de gardes du corps sous le commandement du neveu du pape, Radriguès Borgia, des membres de la Curie, des chambellans, envahit la salle.
Un murmure respectueux s'éleva:
—Le Saint-Père! Le Saint-Père!
La foule s'agita, s'écarta, les portes s'ouvrirent et le pape Alexandre VI Borgia entra.
III
Il avait été fort beau dans sa jeunesse. On assurait qu'il lui suffisait de regarder une femme pour lui inspirer la plus folle passion, comme si dans ses yeux se trouvait concentrée une force qui attirait vers lui les femmes, comme l'aimant attire le fer. Jusqu'à présent ses traits, quoique envahis par la graisse, avaient gardé la pureté des lignes. Il avait le teint bronzé, le crâne chauve avec quelques touffes de cheveux gris, un grand nez aquilin, un menton rentré, des petits yeux pleins d'extraordinaire vivacité, des lèvres charnues, avançant avec une expression voluptueuse, rusée et, en même temps, presque naïve.
En vain, Giovanni cherchait dans l'aspect de cet homme quelque chose de terrible ou de cruel. Alexandre Borgia possédait au plus haut point la bienséance mondaine et l'élégance de race. Tout ce qu'il disait ou faisait semblait précisément être ce qu'il fallait dire ou faire. «Le pape a soixante-dix ans, écrivait un ambassadeur, mais il rajeunit chaque jour; les plus lourds soucis ne lui pèsent pas plus de vingt-quatre heures; il a une nature gaie; tout ce qu'il entreprend sert ses intérêts, il est vrai qu'il ne songe à rien qu'à la gloire et au bonheur de ses enfants.» Les Borgia descendaient des Maures de Castille, et réellement, à en juger d'après le teint bronzé, les lèvres épaisses et le regard de feu d'Alexandre VI, du sang africain coulait dans ses veines.
«On ne peut mieux se figurer, pensait Giovanni, une plus belle auréole pour lui que ces fresques de Pinturicchio, représentant la gloire de l'antique Apis égyptien, le Taureau né du soleil.»