—Alors, quatre mille, maître Léonard. Je pense que c'est suffisant.
Un murmure d'étonnement s'éleva parmi les courtisans.
Léonard leva les yeux sur François Ier avec une expression d'une émotion infinie. Il était prêt à tomber à ses pieds, à le supplier, comme lorsqu'on demande grâce afin qu'il ne lui enlevât pas la Joconde. François Ier prit cet émoi pour un élan de reconnaissance, se leva et, en adieu, embrassa le vieillard.
—C'est entendu? Quatre mille. Tu peux toucher la somme quand tu voudras. Demain j'enverrai prendre la Joconde. Sois tranquille, je lui choisirai une place digne d'elle. Je sais sa valeur et je saurai la conserver à la postérité.
Lorsque le roi fut sorti, Léonard s'affala dans un fauteuil. Il considérait la Joconde avec des yeux affolés. Des plans enfantins germaient dans son cerveau: il voulait cacher le portrait de façon que le roi ne pût le trouver, et ne le livrer même sous peine de mort; ou bien encore l'envoyer en Italie avec Francesco Melzi et fuir lui-même pour la suivre.
La nuit tomba. A plusieurs reprises Francesco avait entr'ouvert la porte de l'atelier, sans oser parler. Léonard restait toujours assis devant le portrait, son visage, dans l'obscurité, paraissait pâle et immobile comme celui d'un mort.
La nuit, il entra dans la chambre de Francesco.
—Lève-toi, lui dit-il. Allons au palais. Je dois voir le roi.
—Il est tard, maître. Vous êtes fatigué. Vous tomberez malade. Vraiment, remettez à demain.
—Non, de suite. Allume la lanterne et conduis-moi. Si tu ne veux pas, j'irai tout seul.