»Comme une journée bien employée procure un bon sommeil; une vie bien vécue donne une douce mort.

»Quand je croyais que j'apprenais à vivre—j'apprenais seulement à mourir.»

VIII

Au début de février, la température s'adoucit, la neige commença à fondre sur les toits, les bourgeons éclatèrent. Le matin, lorsque le soleil glissait ses rayons dans l'atelier, Francesco installait dans un fauteuil son vieux maître et celui-ci se chauffait immobile, la tête inclinée, les mains posées sur les genoux: dans ces mains et sur ce visage se lisait une expression de fatigue infinie.

L'hirondelle qui avait hiverné derrière la cheminée et que Léonard avait apprivoisée, tournoyait dans la pièce, se posait sur l'épaule de l'artiste ou sur ses mains, puis s'enlevait d'un coup d'aile comme impatiente du printemps qui s'annonçait. D'un regard attentif, Léonard suivait tous les mouvements de l'oiseau et la pensée des ailes humaines de nouveau fermentait en son cerveau.

Les dernières années, il ne s'en était guère occupé, tout en y songeant toujours. Observant le vol de l'hirondelle et sentant définitivement un nouveau projet mûr dans son cerveau, il résolut d'entreprendre un dernier essai avec le dernier espoir que la création de ces ailes justifierait tout l'effort de sa vie.

Il entreprit ce nouveau travail avec la même obstination, avec la même hâte fiévreuse que celles qu'il avait mises à peindre Jean le Précurseur. Ne songeant pas à la mort, vainquant sa faiblesse et la maladie, oubliant le sommeil et la nourriture, il restait penché des journées entières au-dessus de ses dessins et de ses calculs. Par moment, il semblait à Francesco que ce travail était le délire d'un fou. Une semaine s'écoula ainsi. Melzi ne quittait pas le maître, passait des nuits à veiller près de lui. Cependant, la fatigue l'emporta et le troisième jour Francesco s'assoupit dans le fauteuil auprès du feu éteint.

L'aube blanchissait les vitres. L'hirondelle éveillée piaillait. Léonard assis devant un petit bureau, la plume dans la main, la tête inclinée sur le papier, alignait des chiffres.

Subitement, il eut un balancement étrange et très doux; la plume tomba de ses doigts; la tête s'inclina sur la poitrine. Il fit un effort pour se lever, appeler Francesco; mais un faible cri s'échappa de ses lèvres et s'effondrant de tout son corps sur la table, il la renversa.

Melzi, réveillé par ce bruit, sursauta. Dans la lumière douteuse de l'aube, il aperçut la table renversée, la chandelle éteinte, les feuillets épars et Léonard étendu sans connaissance sur le parquet. L'hirondelle effrayée battait le plafond de ses ailes. Francesco comprit que c'était une seconde attaque. Plusieurs jours le malade resta sans recouvrer sa connaissance, continuant les calculs dans son délire. Revenu à lui, il exigea de suite les croquis de la machine volante.