Melzi jouait fort bien du luth et possédait une jolie voix. Pour dissiper les idées sombres du maître, il faisait parfois de la musique. Un jour il chanta la vieille romance de Laurent de Médicis, infiniment heureuse et triste mélodie que Léonard aimait parce qu'elle lui rappelait sa jeunesse:
Quant'è bella giovinezza,
Che se fugge tuttavia,
Chi vuol esser lieto, sia:
Di doman no c'è certezza.
Le maître écoutait, la tête inclinée: il se souvenait de la nuit d'été, des ombres noires, du clair de lune dans la rue déserte, du son des mandolines devant la loggia de marbre, qui accompagnaient cette même romance—et ses méditations au sujet de la Joconde.
Le dernier son se mourait tremblant. Francesco assis aux pieds du maître, leva sur lui les yeux et vit que des larmes roulaient le long des joues ridées de Léonard. Souvent, en relisant son journal, Léonard y notait ses nouvelles pensées sur le sujet qui l'intéressait—la mort.
«Maintenant, tu vois que tes espoirs et tes désirs vont retourner à leur patrie; l'homme attend toujours un nouveau printemps, un nouvel été, croyant que ce qu'il désire arrivera. Mais ce désir n'est autre chose qu'une manifestation de la nature; l'âme des éléments, prisonnière dans l'âme humaine, n'aspire qu'à s'échapper du corps pour retourner à Celui qui l'y a enfermée.
»Dans la nature il n'y a rien d'autre que la force et le mouvement; la force est la volonté du bonheur.
»Une partie souhaite toujours s'unir à l'entier pour échapper à l'imperfection; l'âme désire toujours être dans un corps, parce que sans les organes elle ne peut agir, ni sentir.