—Je suis une femme ignorante. Mais je parle avec mon cœur. La jeunesse en fleur ne se donne qu'une fois, car à quoi sommes-nous utiles, pauvres femmes, quand nous sommes vieilles? Tout juste bonnes à surveiller la cendre des cheminées. Et on nous envoie à la cuisine ronronner avec les chats, compter les pots et les lèchefrites. Tel est le dicton: «Que les jeunesses se régalent et que les vieilles s'étranglent.» La beauté sans amour est une messe sans Pater et les caresses du mari sont tristes comme jeux de nonnes.

La duchesse rit de nouveau.

—Comment?... comment?... Répète.

La vieille la regarda attentivement et ayant probablement calculé qu'elle l'avait assez divertie par ses sottises, s'inclina vers la duchesse et lui murmura quelques mots à l'oreille.

Béatrice cessa de rire, une ombre s'étendit sur ses traits. Elle fit un signe. Les esclaves s'éloignèrent. Seul, le petit nègre resta: il ne comprenait pas l'italien. Le ciel, très pâle, semblait mort de chaleur.

—Ce ne peut être qu'une absurdité, dit enfin la duchesse. On raconte tant de choses...

—Non, signora. J'ai vu et entendu moi-même. D'autres aussi peuvent l'attester.

—Il y avait beaucoup de monde?

—Dix mille personnes; toute la place devant le palais de Pavie était noire de monde, grouillante...

—Qu'as-tu entendu?