CHERCHEURS DE SOURCES
CHAPITRE PREMIER
CHERCHEURS DE SOURCES
Tu frapperas le rocher et il en sortira de l’eau.
(Exode, XVII-6.)
L’art de la rabdomancie est très ancien, en Orient. Avec leur baguette divinatoire, les rabdomanciens découvraient les trésors et les sources cachées. La verge de Moïse fit jaillir l’eau du rocher, et Circé était sans doute, elle aussi, armée d’une baguette magique, quand elle changea en pourceaux les compagnons d’Ulysse.
Le bâton a été, de tout temps, le symbole des forces mystérieuses. Mercure avait son caducée, Bacchus son thyrse, Aaron sa verge. Chez les Francs, et même chez les premiers Capétiens, les hérauts d’armes portaient devant les chefs une baguette sacrée, marque de leur dignité.
Cependant, l’usage de la branche de coudrier pour la découverte des trésors et des sources ne date guère, en Europe, que du seizième siècle. Longue de deux pieds et légèrement courbée au milieu, elle devait appartenir à la pousse de l’année et avoir été coupée, le premier mercredi de la lune, entre onze heures et minuit, tandis que certains mots spéciaux étaient prononcés. Ensuite, on la bénissait selon la formule magique, et lorsque le rabdomancien arrivait à l’endroit où se trouvait la source, la baguette semblait tourner entre ses mains comme sollicitée par des forces inconnues.
Malebranche attribuait le phénomène à l’œuvre du démon ; le Dictionnaire des Merveilles de la Nature essaie de le ramener aux principes de la physique ; les sceptiques supposent qu’au moyen de viroles de métal dissimulées dans le bois, et d’un adroit manège des mains, on parvenait, au moment voulu, à imprimer un mouvement de rotation à la baguette ; plusieurs croient aussi, comme Balzac, que le soi-disant magicien obéissait, dans le voisinage des eaux, à quelque sympathie à lui-même inconnue. Aujourd’hui encore, en France, les rabdomanciens ont une clientèle ; il y en a de célèbres, que l’on fait venir à grands frais pour qu’ils découvrent des sources jaillissantes dans les terres desséchées.
On ignore, du reste, pourquoi cette vertu magique a été attribuée au coudrier. Est-ce parce qu’à son ombre les bergers de Virgile se livraient au combat du chant et qu’on en brûlait le bois, le jour des noces, pour porter bonheur aux jeunes époux ?
Phylis aime les coudriers.
Et tant qu’elle les aimera,