Renée a fait, pour me retenir, de nouvelles tentatives auxquelles j’ai répondu par un geste muet d’acquiescement. Elle a repris toute sa gaieté et s’épanouit dans le mouvement et le bruit qui animent le château. De nombreux hôtes y sont arrivés : le vieux professeur Stecchi, qui vient pour diriger les fouilles ; les Sterni, un jeune ménage italien, dont la femme est une amie d’enfance de M. de Hauteville.

Le soir du même jour.

Il y a eu ce soir grand dîner au château. Toutes les femmes étaient en toilettes claires, les épaules nues et des fleurs aux cheveux. Je n’avais pas quitté ma robe noire, et, au milieu de ces couleurs éclatantes et de ces apprêts de fête, mon vêtement sombre se détachait tristement. Qu’y avait-il de commun entre moi et ces figures joyeuses ?...

Renée, le sourire aux lèvres, des roses au corsage, répandant autour d’elle une atmosphère parfumée, passait gracieusement d’un groupe à l’autre. Je la regardais se mouvoir, et le contraste que nous formions paraissait plus frappant encore que de coutume. Jamais le sentiment de ma solitude ne m’avait pesé aussi lourdement sur le cœur.

Vers la fin de la soirée seulement, M. de Hauteville s’approcha de moi et s’assit en silence derrière ma chaise. La conversation était générale, je n’y prêtais qu’une attention distraite ; tout à coup ces mots, prononcés par la voix mordante du marquis, vinrent frapper mes oreilles :

— Il faudrait demander cela à M. de Hauteville, lui qui ne comprend aucune faiblesse ni aucune folie.

Instinctivement je tournai les yeux vers Robert ; il était très ému et ses lèvres tremblaient :

— Je comprends toutes les folies et toutes les faiblesses, murmura-t-il très bas.

Une subite douceur se répandit soudainement en moi ; je n’osais plus le regarder. Les autres continuaient à parler, mais je ne les entendais pas. J’écoutais mon cœur qui me répétait une à une les paroles qu’il venait de prononcer.

24 mai.