— Thérèse, — que Dieu me pardonne ! — je vous aime comme un insensé.
Alors, il me dit tout : son amour, ses luttes ; les combats qu’il avait soutenus contre sa conscience, contre lui-même ; il dépouilla son masque de dureté et d’orgueil, il me montra son cœur, il me raconta ce qu’il avait souffert, ce qu’il avait tenté pour se dérober à l’entraînement qu’il subissait... La jalousie que lui inspirait M. de Belmonte lui avait démontré l’inutilité de ses efforts...
— Pourtant, je m’étais juré de me taire. Mais vous avez voulu partir, ma tête s’est égarée, et dans la torture que me causait l’idée de votre amour pour un autre, mon secret m’est échappé.
Tandis qu’il parlait ainsi d’une voix brisée par l’émotion puissante qui l’étreignait, je l’écoutais en tremblant. Il m’aimait !... lui !... C’était donc vrai ? Ce que j’avais pressenti vaguement et avec épouvante, c’était son amour ! l’amour de Robert ! Pourquoi ces mots me remplissaient-ils l’âme d’une joie soudaine ? Est-ce que je l’aimais, moi aussi, et depuis quand ? Je n’en savais rien, je ne savais qu’une chose : c’est que son amour m’était déjà plus cher que la vie et que j’avais oublié tout le reste.
Il ne me demanda pas si je l’aimais, il ne me demanda pas de le lui dire, il sentit qu’en me donnant son âme, il avait pris possession de la mienne.
Le temps s’était rasséréné. On voyait de loin des personnes qui approchaient.
— Ma bien-aimée ! me dit-il simplement.
— Robert ! répondis-je.
Les gens étaient arrivés près de nous. C’étaient des domestiques du château qu’on envoyait à notre recherche. Une voiture attendait à quelque distance, nous la rejoignîmes et regagnâmes Hauteville.
27 mai.