M. de Belmonte, j’en suis certaine, a deviné ce qui se passe, du moins il le pressent. Sa galanterie s’est changée en surveillance, ses flatteries en sarcasmes.
Hier au soir, nous étions réunis sur la terrasse, attendant le lever de la lune ; l’heure prêtait à la rêverie ; chacun était absorbé en soi, nul ne parlait... Mais j’avais besoin d’une tranquillité et d’une solitude plus complètes. Descendant les degrés qui conduisent à l’avenue, je m’enfonçais sous les sombres allées du parc. J’avançais lentement, recueillie en mes pensées ; bientôt Robert me rejoignit, nos cœurs étaient si pleins que nous ne parlions pas... Il me semblait que je l’avais toujours connu, toujours aimé. Il marchait près de moi sans même que sa main effleurât la mienne ; l’harmonie de nos âmes était si complète que toute démonstration aurait été superflue...
Quand, un instant plus tard, je revins sur la terrasse, la lune s’était levée.
— Ah ! voilà mademoiselle de Brives ! s’écria le marquis. Charmante ! me dit-il à demi-voix. Cette mantille blanche vous sied à merveille ; mais un conseil d’admirateur et d’ami : trop voyant, chère demoiselle, trop éclatant ; une mantille noire serait préférable.
Puis, apercevant Robert qui sortait d’un massif et entrait comme nous dans le rayon lumineux :
— Ah ! voilà M. de Hauteville !
Il se retourna vers moi, et très bas :
— Oui, vraiment, une mantille noire serait préférable.
— Vos conseils sont aussi judicieux que bienveillants, monsieur, répondis-je brusquement en rentrant dans la maison, et je remontai dans ma chambre, irritée.
Mais que m’importe M. de Belmonte ? en quoi peut-il me nuire ou me chagriner ? Cependant, malgré moi, il m’inquiète et il me semble que par lui quelque malheur me frappera...