Ces paroles et le ton dont elles furent prononcées renouvelèrent cette vague appréhension déjà ressentie, et ma joie en demeura voilée.

1er juin, dans la nuit.

Le souvenir des heures qui viennent de s’écouler ne s’effacera jamais de mon âme : la trace en demeurera toujours...

Hier matin, Renée avait demandé à M. de Hauteville de l’accompagner aux ruines de l’abbaye de Saint-Sulpice. Il refusa sous le prétexte d’affaires importantes.

— Mais, madame, je suis à vos ordres, dit M. de Belmonte.

— Il y aura un orage ce soir, Renée, interrompit Robert ; il ne peut être question pour vous d’aller aux ruines.

Le sujet tomba.

Dans la journée, notre voisine, madame de Sauves, vint me chercher pour examiner des tableaux qu’elle avait reçus d’Italie. Je partis avec elle sans en avertir Robert. Vers le soir, je fus fort surprise de le voir arriver.

— Un orage se prépare, me dit-il, et je n’ai pas voulu que vous rentriez seule. Venez vite, nous n’avons pas de temps à perdre.

En effet, à peine avions-nous quitté la maison de madame de Sauves que l’orage éclatait avec violence. Nous regagnâmes le château. Dans le vestibule, un domestique s’approcha de Robert et lui adressa quelques mots, parmi lesquels je saisis les noms de M. de Belmonte, de madame de Hauteville et des ruines de Saint-Sulpice. Je compris que, par un caprice inexprimable, Renée était partie avec le marquis de Belmonte pour se rendre à ces ruines, où Robert n’avait pas voulu nous laisser aller le matin. Une exclamation de colère et d’inquiétude lui échappa :