Chaque âme, chaque intelligence, chaque conscience a en soi, pour les spiritualistes du moins, une valeur réelle ; diminuer cette valeur enrayerait, à leurs yeux, tout progrès moral. Mais les âmes, les intelligences, les consciences d’autrui devraient avoir pour chacun le même prix que la sienne propre. Si l’homme sentait réellement battre dans son cœur le cœur de l’humanité, la route d’un bonheur relatif s’ouvrirait probablement devant lui.
Jusqu’ici, il a tâtonné dans ses efforts vers le bien, et il suit encore des sentiers obscurs où des clartés fugitives paraissent et disparaissent. Sa destinée est probablement de ne jamais connaître, sur cette terre, la lumière éclatante du vrai complet, mais il est certain qu’il sent en lui la possibilité d’intensifier et d’élargir sa vie d’une façon illimitée, et d’arriver, plus tard, au seuil des portes lumineuses, derrière lesquelles la vérité rayonne.
Cette recherche ardente de la signification de notre destinée ennoblit l’homme, et si la théorie de l’immortalité conditionnelle était juste, ce serait sans doute là un des moyens de la conquérir. Mais il en est un autre, plus simple, plus à la portée de tous : celui de ne pas faire souffrir et de répandre la joie autour de soi. Si cette préoccupation dominait les âmes et les vies, que de larmes seraient essuyées, et que de floraisons nouvelles égayeraient nos jardins !
Dora Melegari.
Rome, mars 1905.
Je demande d’avance pardon aux lecteurs des quelques répétitions qu’ils trouveront dans ce livre. Elles sont inévitables dans un ouvrage de ce genre, les mêmes remèdes s’appliquant dans l’ordre moral à des maux différents, et les mêmes causes produisant souvent des effets dissemblables.
FAISEURS DE PEINES
ET
FAISEURS DE JOIES
CHAPITRE PREMIER
FAISEURS DE PEINES
Temer si dee di sole quelle cose,
C’hanno potenza di far altrui male.
Dante.