Nous nous rappelons tous en quels termes les théologiens et les docteurs du moyen âge ont, à leur exemple, stigmatisé ce sexe contre lequel ils mettaient violemment l’humanité en garde. Au cours des siècles, l’idée chrétienne finit par dominer les préjugés théologiques, et la situation morale des filles d’Ève s’améliora. Les femmes de la Renaissance montèrent de plusieurs degrés dans l’estime intellectuelle des hommes et gagnèrent même celle des savants et des philosophes.
Au XVIIᵉ siècle, en France surtout, la femme commença à exercer une influence directe sur les événements et les individus. Le XVIIIᵉ marque l’apogée de son règne mondain et intellectuel. Pour s’en convaincre, il suffit de contempler les portraits de l’époque, ces visages spirituels, fins, aiguisés, ces regards avertis qui semblent prendre un peu ironiquement la mesure des hommes, indiquent chez les femmes l’habitude de la domination par l’esprit, la frivolité, la coquetterie, et, parfois, la perversité.
Au XIXᵉ siècle, un autre type de femme devait surgir, inégal dans son ensemble, car il n’y a aucun rapport entre la femme romantique de 1830, fière de cœur, noble d’attitude, exaltée, sensible, et la femme sociale des dernières années du siècle. Ce fut l’époque, peut-être, où elle a été le plus respectée par l’opinion publique moyenne et où elle s’est le mieux rapprochée, en certains cas et sous certains aspects, du type de la bourgeoise sage, de la mère sérieuse, de la citoyenne bienfaisante et éclairée, qui mérite parfois d’être comparée à la femme forte des Écritures, si respectée de tous qu’elle attire l’honneur sur son mari.
*
* *
Quant à la femme du XXᵉ siècle, elle est tellement multiple dans ses manifestations, qu’il est extrêmement difficile de la définir. Pour essayer de donner un trait à peu près général de son caractère, il faut procéder par une négation: «La femme n’a jamais été mystique comme trait essentiel, elle l’est moins que jamais actuellement.» Un poète français, Alfred de Vigny, peut-être le plus noble et le plus fier de tous, l’a stigmatisée dans un vers cruel:
Toujours ce compagnon dont le cœur n’est pas sûr,
La femme, enfant malade...
Ce premier vers suffit à jeter un doute terrible sur les sources de la vie morale dont la femme dispose, justement parce que le sens du mysticisme lui manque totalement.
*
* *
Dans un article sensationnel: Oxford, Woman and God, une Revue américaine prétendait récemment que l’admission des femmes dans la vieille université en avait chassé Dieu!—Si les anciens bâtiments ont conservé extérieurement, dit-elle, leur aspect traditionnel de recueillement et de gravité, le souffle qui les animait n’est plus le même, et ni Newmann ni Pusey ne reconnaîtraient les vieilles cours et les longues galeries silencieuses où ils avaient promené leurs doutes, leurs mélancolies et les ardeurs inquiètes de leur foi.
Les pierres sont restées les mêmes, mais l’esprit qui les imprégnait s’est transformé. C’est qu’Oxford était autrefois une cité de jeunes hommes où dominait la spéculation pure, tandis qu’elle est aujourd’hui envahie par l’esprit positiviste que la femme apporte partout où elle passe, et qui, à tous égards, assure l’équilibre, le bien-être et l’enjouement de la vie quotidienne. Il est donc naturel que la présence des femmes ait modifié les habitudes morales et mentales d’Oxford.