Note 14:[ (retour) ] MM. Chalvet et Aimé Champollion. Chalvet a édité en 1803, les poésies de Charles d'Orléans, d'après le manuscrit incomplet qui est conservé à la bibliothèque de Grenoble. Notre édition est la seconde, ou si l'on veut la première, et pour mieux dire la seule, qui offre d'une part toutes les poésies de Charles d'Orléans, et de l'autre celles de ses collaborateurs: elle a paru en deux livraisons, d'abord le texte, ensuite l'introduction et le glossaire. Dans l'intervalle de temps qui s'est écoulé entre ces deux publications, M. Aimé Champollion-Figeac, de la Bibliothèque royale, etc., a mis au jour une troisième édition du même livre. Je n'ai pas le loisir d'examiner ici le travail du nouvel éditeur, je me bornerai à indiquer en note quelques-uns des principaux points sur lesquels nos opinions diffèrent le plus.

Ainsi c'est à Beaulté et non pas à Charles d'Orléans qu'il faut attribuer la chanson de la page [227] (Se Dangier me tolt le parler), celle de la page [232] (Mon seul amy, mon bien, ma joye), celle de la page [428] (Faire ne puis joyeulx semblant), et le rondeau de la page [427] (Mon amy, Dieu te convoye): ce rondeau et celui du poëte (J'ay tant en moy de desplaisir, page [427]) sembleraient avoir été écrits à l'époque même où le prisonnier d'Azincourt quittait la France. Nous attribuerons aussi à Beauté la chanson de la page [214] (Pour vous monstrer que point ne vous oublie), celle de la page [220] (Comment vous puis je tant aimer), et même le rondel de la page [208] (Pour le don que m'avez donné), ici l'auteur paraît répondre à deux chansons (Ce mois de may, nompareille princesse, page [197], et Belle que je cheris et crains, page [203]) composées par Charles d'Orléans.

La chanson de la page [233] (Au besoing congnoist on l'amy) est sans contredit de Beaulté; la jeune femme annonçait son prochain départ pour l'Angleterre, projet longuement médité entre les deux amants; le voyage n'eut pas lieu[15], et c'est ici que finissent tout à la fois les premières amours du poëte et les derniers chants de sa maîtresse. Beaulté tombe dangereusement malade[16], un instant on espère la sauver[17], mais bientôt la nouvelle de sa mort traverse la mer et arrive au prisonnier[18].

Note 15:[ (retour) ] C'est ce que paraît indiquer la ballade de la page [61].

Note 16:[ (retour) ] Page [64].

Note 17:[ (retour) ] Page [65].

Note 18:[ (retour) ] Page [66] et suiv.

Dans cet endroit du livre, le poëte exprime sa tristesse d'une façon touchante, et le souvenir de Beaulté, morte en droicte fleur de jeunesse[19], restera empreint pour toujours dans ses vers. Toutefois nous ne pouvons passer sous silence une ballade pleine de gémissements funèbres, et où l'auteur s'est représenté faisant une partie d'échecs avec Faulx Dangier en présence d'Amour. Faulx Dangier aidé par Fortune enlève tout à coup la dame de son adversaire, et celui-ci s'écrie:

Par quoy suy mat, je le voy clerement,

Se je ne fais une Dame nouvelle[20].