Après avoir été salués parles indigènes et accompagnés par le cheik, nous quittons Baali nous dirigeant vers Chir en suivant le fond de la vallée de l'Oued Abdi.
La reine de l'Aurès nous accompagne.
Nous suivons de petits sentiers parfois découverts, parfois très ombragés par les arbres fruitiers dont les branches s'échappent des jardins; très souvent nos bêtes marchent dans l'eau, ou bien ont à suivre des pentes raides formées par de grosses pierres en escaliers.
Après quatre heures et demie d'une marche pénible nous arrivons à Chir. A sept heures et demie, la nuit est presque venue. Le cheik nous conduit dans le gourbi qui nous est préparé et dont l'aménagement ne laisse pas que d'être tout à fait pittoresque et confortable. Des tapis cachent les montants de bois qui soutiennent la terrasse; des fleurs en gerbe sur une table où brûle des lampes au pétrole, ce qui gâte un peu la couleur locale; mais l'ensemble n'en demeurera pas moins plaisant à l'oeil.
Un excellent repas nous est servi et nous demandons à nous reposer des fatigues d'une journée bien remplie. Nous avions marché plus de sept heures à dos de mulet.
Le lendemain, 14 mai, ma consultation commencée dans la matinée dura jusqu'au soir.
J'avais reçu les médicaments commandés et je pouvais contenter ces pauvres malades auxquels on ne peut songer à délivrer des ordonnances. Ils sont tout à la la fois trop misérables et trop éloignés d'un centre où ils pourraient s'approvisionner de médicaments.
Je visite d'abord les enfants du cheik; l'un est atteint de conjonctivite granuleuse, l'autre de paralysie infantile, un troisième de bronchite, un quatrième d'impétigo du cuir chevelu.
L'enfant du Buch-Adel atteint aussi d'impétigo.
Puis viennent les femmes: j'observe une métrite, des kérato-conjonctivites, des conjonctivites, des cataractes congénitales et acquises, des hernies ombilicales, de la malaria, un spino-bifida, du rhumatisme, des bronchites, un kyste de l'ovaire et toujours la syphilis dont on ne saurait s'imaginer les ravages en ces régions.