Le 6 juin, je quitte Amentane, non sans regret. Cette oasis, avec sa solitude, son silence profond, ses indigènes pauvres hères, dociles aux conseils, tout dans ce pays de naïveté m'enchante et m'attire et je quitte à regret ces montagnes pour retourner dans le pays de la civilisation.

Le 6, le 7, et 8 juin nous demeurons à Ménaâ afin de laisser reposer mon interprète qui souffre toujours de sa fièvre et M. de Labruzerie qui se remet à peine de sa bronchite.

C'est à ce moment que je revois la soeur du cheick à laquelle j'ai ouvert les trajets fistuleux de l'avant-bras et que je cherche à l'emmener à Batna pour lui enlever son séquestre; mais je n'arrive pas à vaincre la résistance du mari qui ne veut pas qu'elle quitte le village.

En quittant Ménaâ nous changeons notre direction première; nous prenons à neuf heures du matin le chemin de Tagoust, village dont le territoire est arrosé par l'Oued Bouzina, affluent de l'Oued-Abdi.

Les habitants vivent principalement du produit de l'élevage du bétail. Nous arrivons au village à dix heures trois quarts; nous quittons nos montures pour prendre une tasse de café qui nous est offerte dans le café maure. A onze heures nous nous remettons en selle et à midi et demie nous sommes à Oum-el-Rekha, village formant avec Tagoust une section.

Nous déjeunons et je me rends dans la famille du cheick, où je donne des conseils à une demi-douzaine de femmes, parmi elles je vois une scoliose.

A quatre heures, nous reprenons nos mulets et par des sentiers très pénibles, nous gagnons Bouzina où nous arrivons à sept heures du soir.

Dans cette journée nous avions fait six heures et demie de marche à dos de mulet.

Bouzina, qui a une altitude de 900 mètres environ, tire son nom de la source au dessus de laquelle le village est construit, source qui donne naissance à l'Oued Bouzina, dont le cours est torrentueux près de sa source. L'eau est claire et limpide, très potable.

Les bords de la rivière sont plantés d'arbres fruitiers, parmi lesquels de magnifiques noyers. Ce sont ces plantations d'arbres fruitiers qui constituent comme à Chir, à Menaâ, les ressources du pays. En suivant le bord de la rivière on voit de belles cascades.