L'eau semble sortir de tous cotés de la terre.
La température est excellente et bien que nous soyions à la mi-juin, la fraîcheur est telle dans la soirée qu'il nous est difficile de rester dehors. Le onze juin, je donne ma première consultation a Bouzina. Je commence par les gens de Larbâa, village très pauvre à quelques kilomètres de Bouzina.
Je reconnais 16 malades: onze femmes et enfants et cinq hommes. Des enfants atteints d'entérite, une jeune fille atteinte d'anémie profonde, une femme ayant le voile du palais presque entièrement détruit, une destruction complète du nez. Des fibromes multiples de la peau, de la malaria, une cataracte double, des affections oculaires, etc.
Je dois faire remarquer que dans l'Aurès, c'est surtout la fièvre quarte que j'ai rencontrée; que la proportion des fièvres palustres est grande dans le nombre des maladies que j'ai eu à soigner, et cependant nous n'étions pas à l'époque où la malaria sévit plus particulièrement l'automne.
Sur les cinq hommes que j'ai soigné, cinq sont atteints de syphilis.
Le 12, je vois vingt et un malades: 14 femmes et enfants et 7 hommes; des ptérygions, très nombreux dans la région de l'Aurès, un cancer du sein, des gastrites, de la malaria, des granulations.
Le 13 juin, trente et un malades reçoivent mes soins, 22 femmes et enfants, 9 hommes. Deux goitres, deux kystes synoviaux, un cas d'ostéomyélite, des kérato-conjonctivites, des cataractes, des gastrites, des gommes syphilitiques, etc.
J'étais ce jour là à ma consultation, lorsqu'un indigène vint me dire «qu'il était de Chir et qu'il venait à Bouzina, pour me demander du médicament que j'avais donné à son fils; que la mère du petit avait remarqué qu'il allait beaucoup mieux, qu'il était presque guéri, mais que la provision que je lui avait donnée était épuisée; que je veuille donc lui en délivrer une nouvelle». C'était un mélange d'iodure de potassium et de bichlorure de mercure.
Malheureusement, les malades de Bouzina avaient eu tout ce qui me restait en médicaments et je dus le lui dire. Il me pria alors de lui faire une ordonnance pour le pharmacien de Batna.
Si je rapporte ce fait qui peut sembler banal, c'est pour montrer que cet homme, ayant compris l'efficacité du traitement, se décidait à une démarche, sans doute nouvelle pour lui: Il allait se rendre chez un pharmacien.