J'étais attendue par M. Dieudonné, le sous-préfet, et M. l'Administrateur de la commune mixte de l'Aurès qui prirent sans retard les mesures nécessaires pour me permettre de poursuivre ma mission.
C'est tout d'abord à la complaisance de M. Dieudonné que je dus de me procurer une femme interprète qui traduisit, en cours de route, le dialecte chaouïa, très différent de la langue arabe.
Ainsi était levée l'une des difficultés qui me préoccupait le plus; en effet, les femmes chaouïas sont rarement en contact avec des Français, et il me fallait de toute nécessité un interprète féminin qui put converser librement avec les femmes que j'allais interroger et me rapporter fidèlement ses entretiens.
Mon interprète, jeune fille de dix-sept-ans, est la fille d'un marabout d'El-Madher, sa mère est chaouïa; elle a été élevée dans une ferme française où travaillait son père, et elle a fréquenté l'école du village pendant six à sept ans.
Elle m'a rendu les plus grands services, me traduisant exactement les réponses que faisaient les femmes à mes interrogations et m'apportant en outre le concours intelligent de ses soins auprès des malades que j'ai traités pendant ma tournée.
Elle vint me trouver à Batua le 10 mai, et le onze nous quittâmes cette ville à six heures du matin, nous dirigeant sur Lambèse, où l'administrateur de la commune a sa résidence.
M. Arippe, l'administrateur, voulut bien se joindre à nous et nous accompagner dans la première partie de la mission.
Je ne puis assez le remercier ici des facilités de toutes sortes qu'il s'est ingénié à me procurer; grâce à ses ordres et à son active surveillance, j'ai pu, en plus d'une occasion, poursuivre sans entrave le cours de mes travaux.
Il avait fait avertir les cheicks des villages qu'une tebiba (femme médecin), allait les venir visiter, et que les malades pourraient demander ses soins.
Je note eu passant que grâce à son altitude, Lambèze est favorisée par un climat exceptionnel; l'été y est très facilement supportable.