Déjà des femmes chaouïas avaient répondu à l'appel qui leur était fait et attendaient mon arrivée.

C'est dans un gourbi que je donne ma première consultation; je vois des femmes et des enfants, j'en visite une vingtaine et donne mes soins à treize que je reconnais être effectivement malades.

Une femme porte une énorme tumeur du péritoine; une autre se prétend enceinte depuis de longs mois, disant que son enfant dort dans son sein. Je la fis revenir de son erreur [1].

Note 1:[ (retour) ] Il est à remarquer que cette croyance est très répandue chez les indigènes et que nombre de fois on est obligé de les dissuader. Cette croyance vient de ce que la loi musulmane, ne voulant pas que l'enfant d'une femme divorcée qui est devenue enceinte en dehors du mariage soit privé de père, attribue la paternité au dernier époux. C'est ce qu'on appelle le «Bou-Reqoud», enfant qui dort dans le sein de la mère.

D'horribles gommes syphilitiques ayant détruit le nez ou siégeant sur la jambe,—une hernie ombilicale,—une tuberculose pulmonaire.—une rougeole,—des kérato-conjonctivites,—un cas d'anémie chez une jeune fille. Je n'avais pas encore de médicaments. Mon voyage devait être seulement un voyage d'études portant sur les maladies spéciales à la femme et sur les pratiques indigènes de l'accouchement, je ne prévoyais pas que j'aurais à donner des soins aussi variés que ceux que je fus appelée par la suite à prodiguer.

Accompagnée de M. Arripe et de mon interprète, je quitte Lambèse vers dix heures du matin, reprenant le breack qui nous avait amenés.

A onze heures, nous arrivons à l'oued Taza et nous nous arrêtons à la maison cantonnière pour prendre notre repas.

Avant de repartir, je visite un enfant syphilitique atteint de pemphizus, un autre atteint de malaria, type quarte, et un vieillard ayant une otite.

L'Oued Taza est situé dans une région essentiellement fiévreuse.

A midi, la voiture nous emporte sur le chemin d'Arris. A deux heures, nous arrivons aux Ouled Daoud; une tente est dressée pour nous mettre à l'abri, car la pluie commence à tomber. Un superbe méchoui [2] nous attend; nous nous empressons de lui faire honneur.