Maintenant la route s’enfonce dans la forêt. On se croirait dans un tunnel… un tunnel végétal. Le grand mystère de la forêt nous enveloppe, les branches et les lianes s’entre-croisent au-dessus de nos têtes. A maintes reprises nous nous couchons presque dans la voiture pour éviter une branche, car la capote n’est pas encore adaptée à la carrosserie.

Le chemin devient si étroit que les marchepieds éraflent les troncs d’arbres et les bords du sentier aux places où il est encaissé.

Et le tunnel se complique d’un labyrinthe, c’est un tunnel en spirale ! Comme nos roues, ce maudit sentier tourne, tourne toujours — et son étroitesse rend la direction très pénible. Honneur aux virages malheureux !

Il ne faut point s’en étonner toutefois, c’est un trait commun à tous les sentiers de charrettes, de mépriser la ligne droite : ils rappellent en cela ce classique « Panthéon — Place Courcelles » immortalisé par Courteline. Ils font consciencieusement le tour de tous les obstacles. Souvent même, ils tournent pour rien, pour le plaisir.


Crac ! ça y est… Tout d’un coup, dans une clairière, les roues d’arrière restent prises dans un trou plus profond, tandis que celles d’avant travaillent à faux, s’inclinent d’une façon peu rassurante ; le réservoir touche et le moteur cale.

Mais nous ne calons pas, nous. Vite à bas de nos sièges, nous entamons la lutte avec le spectre terrible de la panne ! A l’aide d’une hachette, Gustave de Bernis creuse deux tranchées devant les roues d’arrière et dégage le réservoir. Cependant, le sort des roues d’avant me remplit d’une juste crainte !

Enfin, le travail s’achève. On remet en marche, et en poussant un peu, nous parvenons à gagner une bonne suée et le côté du chemin.

Sauvés pour cette fois !… J’ai comme un vague pressentiment que nous ne sommes pas au bout de nos peines.

Il est onze heures. Brin-d’Amour ignore éperdument à quelle distance nous nous trouvons du fameux Tracop… Nous ne savons rien, sinon qu’il fait une chaleur étouffante, que nous avons très faim et encore plus soif : le déjeuner s’impose.