Les charrettes arrivent à six heures sous la conduite de l’habile et toujours exact Nam-Ay !

Tout marche donc à souhait. Et reposés, propres et affamés, nous nous apprêtons à faire honneur au dîner.

Hélas ! à peine sommes-nous à table qu’une pluie d’insectes s’abat sur nous : il en sort de partout… il nous en entre surtout dans les yeux, dans la bouche, dans les narines. Et, comme c’est la lumière qui les attire, nous nous trouvons forcés de continuer notre repas dans l’obscurité. Mais ce petit inconvénient nous paraît de bien peu d’importance après tout ce que nous avons souffert, et la gaîté générale n’y perd rien, au contraire…!

La main de Guérin va de mieux en mieux, quoiqu’il lui soit encore impossible de s’en servir, mais son autre main en vaut deux ! Néanmoins, il faut encore le panser chaque soir avec beaucoup de soins et cela ne va pas sans souffrances : mais à sentir que nous approchons du but, notre blessé oublie son mal et il est le seul à ne pas s’en plaindre.


12 avril 1908 (Dimanche des Rameaux).

Départ à dix heures et demie.

En sortant de Chick-Reang nous avons à traverser une petite rivière presque sans eau et que nous considérons comme inoffensive.

Les indigènes y ont élevé une étroite digue en terre qui va nous permettre de passer à gué…

La jolie rivière, o gai ; la jolie rivière.