Puisqu’il s’est fondé une Société des Amis de Versailles, pourquoi ne créerait-on pas une Société des Amis d’Ang-Kor ! Il ne faudrait pour arracher ces temples à la dégradation et à la mort que la centième partie, la millième peut-être de ce que l’on a dépensé pour enlaidir Paris depuis vingt ans. Le prix d’une de ces monstrueuses bâtisses qu’on élève à tort et à travers suffirait à sauver une des plus authentiques merveilles du monde. Et l’on pourrait construire enfin cette route dont nous sommes fiers d’avoir été les pionniers et qui amènerait ici, de tous les points de l’univers civilisé, tous les pèlerins passionnés de la Beauté ; nous l’avons dit déjà au début de ces notes, mais nous le redirons sans nous lasser : ce serait là une belle action, artistique et patriotique et, par surcroît, une bonne affaire pour la colonie[1].
[1] Depuis que ces lignes ont été écrites, la Société des Amis d’Ang-Kor est formée… et la route est commencée.
… Est-il besoin de dire que nous trouvons ici en M. Comaille le plus précieux des alliés et le plus érudit des cicérones ?
Demain nous reviendrons visiter en détail, sous sa direction, les temples et les ruines. Ce sera la plus agréable récompense de tous les efforts que nous avons faits pour arriver jusqu’ici.
14 avril 1908.
… C’est le grand jour !… Notre brave et bonne voiture va connaître enfin les joies du triomphe. Il va lui être donné d’accomplir un exploit que nulle autre voiture ne pourra plus lui disputer.
ANG-KOR-THOM
Dès sept heures du matin, quand nous arrivons à la grande chaussée de l’étang, des milliers de Cambodgiens y sont groupés déjà pour voir passer la fameuse voiture à feu.