Je crains d’abord que la solennité de notre entrée ne soit un peu compromise aux yeux des populations, par ce fait que la route du temple, celle qui doit conduire la voiture à l’apothéose, n’est pas précisément une route en palier ! Il va nous falloir gravir quelques marches, des marches larges sans doute et pas très élevées, mais enfin, des marches tout de même !… Puisse la montée vers l’apothéose ne pas trop disloquer notre pauvre auto. Évidemment ce serait un symbole à la fois sublime et profitable, mais nous préférons, je ne sais pourquoi, ne pas contribuer à établir ces vérités premières…
En avant !… La voiture escalade sans peine les deux marches d’accès de la chaussée et roule vers le temple.
L’AUTO GRIMPE L’ESCALIER
Guérin joue avec une autorité inattendue le rôle du chœur antique. Tandis que l’auto avance vers l’apothéose, il court derrière, enthousiaste et bondissant et crie à tue-tête sur des rythmes qu’il invente…
— Ça y est ! Nous y sommes ! Nous sommes à Ang-Kor !
ÇA Y EST !
Enfin, la voiture entre dans l’enceinte sacrée par cette glorieuse porte des Éléphants qui, pendant des siècles, ne vit passer que les somptueux cortèges des souverains et des grands prêtres.
Une foule de Cambodgiens nous observent… Beaucoup d’entre eux attendent peut-être que la foudre, éclatant soudain dans le ciel clair, vienne châtier les impies qui osent troubler ainsi la paix et le recueillement de ces édifices sacrés.