En effet, nous parcourons 500 mètres à très bonne allure. Nous n’osons croire à tant de chance — et nous avons trop raison, car nous voici embourbés de nouveau !… Tout le monde descend et se met à pousser consciencieusement. Je reste seul à la direction, tandis que mes pauvres amis… de concert avec les indigènes s’évertuent à faire avancer la voiture. Elle se décide enfin à démarrer et si brusquement que le compagnon, Guérin et les indigènes, entraînés par la force de la vitesse mal acquise, s’étalent pêle-mêle de tout leur long dans la boue. Ils prennent le parti d’en rire.

Un peu plus loin, même comédie !… Elle nous amuse déjà moins. Je sens que nos malheurs frisent le ridicule… mais le comique de notre situation ne m’en paraît que plus douloureux. Je m’énerve et je tourne ma fureur contre Hervé de Bernis à qui j’en veux de son absence prolongée… Que fait-il ? Pourquoi n’est-il pas là ?… J’en profite du moins pour l’attraper de la bonne manière ! Pense-t-il donc que c’est pour faire l’école buissonnière que je l’ai envoyé en avant ? Se rappelle-t-il seulement notre existence ? Nous croit-il en automobile ou en bateau ? Ah mais… Ah mais…

Bernis ne se défend pas, et pour cause !

Guérin, plus calme, me fait remarquer que notre éclaireur a sûrement passé par là, car il a fidèlement laissé quelques piquets, qui seuls, de loin en loin, indiquent les passages qu’il aura jugé difficiles. La belle avance ! et que me font ces piquets dans l’état d’exaspération où je suis ?

Notre précieuse essence diminue et nous n’avançons pas…

De guerre lasse, je finis par faire demander des buffles et, en attendant, je descends tirer à la carabine des grues antigones qui pullulent autour de nous.

J’en sacrifie trois aux mânes de Bernis qui continue d’être absent, comme il n’est pas permis de l’être !!

Enfin les buffles arrivent, de leur pas tranquille et lent. Ils sont quatre et paraissent résignés à tout. Je les envie.

On les attelle et nous repartons cahin-caha.

Crac !… Dans une secousse les cordes cassent.