— Je n’ai jamais vu ça ! crie-t-il enthousiasmé… Les ressorts qui portaient à faux n’ont pas bougé et il n’y a qu’une petite bosse dans la tôle protectrice du réservoir… Et ce qui m’épate encore bien plus, c’est que la boîte des vitesses ait résisté !!!

Si nous étions près d’un bureau de télégraphe, j’enverrais mes éloges aux constructeurs d’une pareille voiture…

Nous nous félicitons naturellement de l’avoir une fois de plus échappé belle… et surtout d’avoir entrepris ce hasardeux voyage avec une machine à décourager l’obstacle !

Je remercie les vaillants Cambodgiens qui nous ont aidés avec tant de courage, d’entrain et d’intelligence et je leur laisse la bonne récompense qu’ils ont bien méritée. Cela nous vaut une explosion de reconnaissance qui nous va au cœur.

Mais l’estomac aussi a ses exigences !… Tant d’émotions nous ont ouvert l’appétit et incontinent nous nous mettons à table (si l’on peut dire !) sur le bord de la rivière… car, tandis que nous nous agitions dans l’affolement, l’impassible Tiam n’a pas perdu une minute pour faire cuire les inévitables œufs et l’inévitable riz qui composent notre ordinaire. Nous faisons honneur à ce maigre repas… et nous nous reprenons à croire que nous avons fatigué la chance contraire.

Hélas ! à peine avons-nous fini de rassembler nos chaises, notre table et notre batterie de cuisine que le ciel adverse (et à verse !) rouvre sur nous toutes ses cataractes… En une minute la terre a disparu sous une nappe d’eau.

Nous nous réfugions dans la voiture, mais malgré la capote nous sommes trempés.

Autant repartir tout de suite !

Mais tel n’est pas l’avis des buffles qu’on vient d’atteler au petit bonheur sous cette trombe d’eau : ils refusent nettement de tirer. Nous nous demandons avec intérêt qui l’emportera de la pluie ou de leur obstination !…

C’est la pluie qui se fatigue la première.