Je ne pense pas que de tout notre voyage, nous ayons vécu une minute plus affreuse.
LE PONT CÈDE
Affolé, je me jette au-devant des coolies pour les faire tirer de toutes leurs forces. Ma physionomie angoissée leur en dit sans doute plus long que les encouragements : d’un effort unanime, presque surhumain, ils parviennent à faire avancer l’auto sur les piquets… car les roues arrière chassent devant elles les planches au lieu de rouler dessus.
La voiture parcourt ainsi une dizaine de mètres…
Avec beaucoup d’à-propos, les « cariatides » (qui par bonheur ne participent point de l’immobilité des statues !) parviennent à retenir les planches transversales qui se dérobent et à les glisser de nouveau sous les roues arrière. Ainsi soutenue, la voiture roule… pour retomber d’ailleurs une seconde fois, mais si près de la rive que la bande hurlante des braves Cambodgiens qui se passionnent pour leur travail parvient à la tirer hors de l’eau.
Je n’ai jamais poussé un « ouf » plus convaincu !…
Dès que la voiture touche terre, ce pauvre Guérin, blanc comme un linge, quitte son volant et bondit sous les châssis pour constater les dégâts causés par les piquets du pont.
… Que va-t-il découvrir, mon Dieu ?… Je tremble de le voir reparaître.
Au bout d’une minute il se redresse tout rayonnant.