Je fais demander d’autres planches, il n’y en a plus !
Pourtant il faut passer à tout prix et nous n’avons pas le choix entre deux partis. Je laisse la direction de l’auto à mon brave Guérin et je me mets en devoir d’organiser l’opération.
La rivière étant peu profonde, j’y fais descendre un cordon d’indigènes pour soutenir le plancher. Ces vivantes cariatides semblent du reste s’amuser de tout leur cœur, en barbottant comme des gamins à la mer.
Cent autres traînent la voiture.
LE PONT DE PNOW
Je traverse le pont en proie à une indescriptible angoisse, je suis sûr qu’il ne supportera pas le poids de l’auto et des hommes et je m’attends au pire.
Enfin, comme à regret, je donne le signal du départ.
Les coolies me répondent par des cris sauvages et halent vigoureusement sur le câble d’acier.
Guérin au volant, la voiture avance. Le pont craque, mais résiste. Au moment même où je me reprends à espérer, un craquement plus fort me rend toutes mes craintes : c’en est fait ! les planches qui soutenaient les roues arrière viennent de céder en se relevant du bout et l’arrière touche sur les pieux en bambous, qui arrêtent sa chute… mais pour combien de secondes ?