Il faut pourtant vaquer aux préparatifs de ce douloureux voyage. A dix heures, tout est terminé.
Et, tirés par trois paires de buffles à la carrure imposante et massive, nous nous mettons en route, suivis de nos charrettes et entourés d’une dizaine d’indigènes à cheval.
Évidemment c’est très joli à voir : et pour un spectateur désintéressé notre caravane offrirait un aspect pittoresque à souhait… mais le spectateur désintéressé n’est pas même là !
Et rien n’est monotone et exaspérant comme cette marche lente et intermittente.
LA FILE DE CHARRETTES
Pour comble de détresse, les conducteurs ont une peur terrible de leurs animaux : ils n’osent les frapper pour hâter leurs pas et ils ne les accablent que de prévenances… tant et si bien qu’ils les ont attelés de façon qu’au premier écart, le buffle rebelle puisse se sauver ; et l’on pense qu’il n’y manque point.
Je me demanderai toujours où nous avons pu trouver la patience nécessaire pour voyager dans de pareilles conditions.
… Enfin, à onze heures trois quarts, nous atteignons le pont de Pnow. A mesure que nous en approchions, je me sentais plus inquiet, les ponts nous ayant presque toujours ménagé de mauvaises surprises…
En allant reconnaître celui-là, je passe de l’inquiétude à la crainte la plus précise et j’ai le sentiment très net qu’un désastre nous attend. En effet, une crue énorme a depuis notre passage élargi la rivière qui roule des eaux rapides et boueuses. Le pont s’étant trouvé trop court, les indigènes l’ont allongé par un procédé très simple ; en prenant des planches indispensables pour supporter le poids de la voiture et en les posant sur des pirogues. De la sorte le pont a perdu de sa solidité tout en gagnant de la longueur.