Les buffles eux-mêmes sont incommodés de la chaleur et leur gêne se traduit par des signes de rébellion manifeste. Sans doute ils rêvent d’une sieste sous l’ombrage… Et nous donc !
A midi nous rencontrons un arbre qui se dresse fort à propos dans la plaine. Il paraît souffrir de sa solitude. Autant pour le distraire que pour déjeuner, nous nous arrêtons à l’ombre de ses branches. Cependant, bêtes et gens vont prendre un repos bien nécessaire, car la chaleur est devenue intolérable.
A deux heures on attelle à nouveau les buffles et nous repartons sans qu’il me soit possible d’obtenir des renseignements précis sur l’endroit où nous ferons l’étape. Cette incertitude ne contribue pas à nous égayer…
DERNIER DÉJEUNER DANS LA BROUSSE
Pour varier les plaisirs, voilà que, vers deux heures et demie, les deux buffles d’arrière, tenant à manifester leur volonté de ne plus rien savoir, se mettent à ruer dans leurs traits, brisent un phare et finalement se détellent.
La chaleur aidant, je commence à bouillir et je donne des ordres au petit soldat envoyé par M. Chambert, afin qu’il fasse mettre un homme de chaque côté de ces « bovidés » rebelles que Guérin traite dédaigneusement « de moteurs à bouse » !
Tout l’attelage étant ainsi encadré, nous repartons.
Mais le même incident se renouvelle un peu plus loin, car les conducteurs craignent tellement les bêtes qu’ils n’osent les frapper et n’ont donc aucun argument valable pour les faire rentrer à leur place.
… La même cérémonie recommence toutes les dix minutes. Je finis par prendre la mouche et tant bien que mal, mais d’un accent dont la véhémence se passe de traduction, je fais comprendre au soldat que, si les conducteurs ne font pas avancer leurs buffles et ne les empêchent pas de se sauver à tout bout de champ, je prends ma plus grosse carabine et je tire dans le tas.