Et maintenant, il ne me reste plus qu’un devoir bien doux à remplir, celui de remercier les trois fidèles compagnons à qui j’offre ces notes en souvenir reconnaissant des heures (pas toujours gaies) que nous avons passées ensemble. Jamais, aux pires instants de découragement, leur endurance n’a faibli ; jamais leur amitié ne m’a fait défaut.

C’est à Guérin surtout que je dois la réussite de ce voyage. Et je ne saurais trop louer son intelligence, son courage et son activité. J’admire surtout cette inaltérable bonne humeur, qu’il conservait même lorsqu’il lui fallait se coucher dans le sable brûlant pour examiner les dessous de sa voiture. Malgré la blessure qui le faisait terriblement souffrir, il ne prenait de repos que lorsqu’il avait tout vérifié, jusqu’au plus petit boulon, jusqu’au dernier ressort. Et jamais il n’a murmuré contre tant de mésaventures : cette gaîté-là, si alerte et si française, c’est la parure du courage. Grâce à Guérin, la voiture a pu accomplir les véritables prodiges qu’exigeaient les chocs ménagés par les sentiers, les plaines, les rizières et les ponts qu’il nous a fallu traverser pendant cette expédition sans route.

Je voudrais dire aussi toute la reconnaissance que je garde au charmant Compagnon qui n’a point hésité, malgré son goût pour le confortable et la paix du chez soi, à me suivre dans une aventure qui ne pouvait guère passer pour une partie de plaisir. La bonne grâce, l’enjouement, la gaîté spirituelle du « Compagnon » ne se sont jamais démentis « aux plus mauvais jours de notre histoire ! » Son aimable sourire fut la clarté et la joie de ce voyage, et je lui sais gré de ce qu’il a su mettre de gentillesse dans son dévouement.

Et je n’ai pas besoin d’ajouter que je remercie de tout cœur le bon et fidèle Hervé de Bernis. Je le connais de longue date : il sait toute l’affection que je lui porte, et qu’il mérite si pleinement par la droiture de son caractère, et par toutes les qualités chevaleresques qui sont inséparables de sa race et de son nom.

Un dernier mot encore pour les constructeurs de Lunéville et en particulier pour M. le Baron Adrien de Turckheim, qui s’est lui-même si gracieusement intéressé à fournir une machine capable de supporter jusqu’au bout, sans jamais manifester la moindre fatigue, ce long voyage plein d’incidents imprévus. Lorsqu’au retour, notre voiture a été entièrement démontée, on a constaté que pas une pièce n’avait pris de jeu et qu’aucun engrenage ne laissait voir la moindre trace d’usure. Pendant un mois encore, je m’en suis servi journellement sur les excellentes routes de la Cochinchine et à mon départ je la renvoyais intacte à Paris.

Quant aux pneus Michelin, ils ont bu l’obstacle !

… Le raid Saïgon-Ang-Kor est terminé et c’est avec une profonde reconnaissance que je vous redis :

Merci, chers compagnons ! Merci !

Puissions-nous avoir, au sens propre du mot, montré la route, cette route d’Ang-Kor qui serait si nécessaire au développement de notre belle colonie. Puissions-nous ainsi avoir servi, dans la mesure de nos moyens, la cause de la plus grande France !