A dix heures du matin, nous occupons nos trois cabines. Elles nous paraissent bien étroites et nous y étouffons… Aussi nous empressons-nous de monter sur le pont. Mais il est encombré de Chinois, d’Annamites, de bagages, de cages à poules, à tel point que, ne sachant où nous mettre pour trouver un peu d’air et de tranquillité, nous prenons le parti de nous installer sur les sièges de la voiture. Cela nous rappelle nos longues journées d’auto buffles… Et nous restons là tout le jour, causant et devisant, tandis que les berges du grand fleuve se déroulent lentement sous nos yeux.


1er mai 1908.

Saïgon !

Ainsi, malgré la fortune adverse et tant de pannes et tant de déboires, nous sommes rentrés en quinze jours.

On accoste à onze heures du matin. Mayréna prévenu par dépêche est là, dominant toute la foule de sa haute taille, il nous félicite vivement de cette belle randonnée qu’il a suivie passionnément, à mesure que nous avancions vers Ang-Kor. Notre bonne voiture est roulée sur une large passerelle jusqu’à la terre ferme.

Nous y prenons tous place, un tour de manivelle et l’on part… jusqu’à l’Hôtel Continental : ce n’est pas la plus longue de nos étapes ! mais c’est sûrement la plus agréable.

Comment dire notre joie de nous retrouver dans cette belle et bonne ville de Saïgon, après avoir mené à bien une entreprise qui nous paraissait, ainsi qu’à bien d’autres, irréalisable et folle !

Mayréna nous apprend que, d’un commun accord, tous les automobilistes de la capitale avaient formé le projet de venir à notre rencontre sur la route avec des drapeaux et de la musique pour nous faire une réception enthousiaste.

Nous maudissons une fois de plus cette eau hostile et perfide qui nous prive encore d’un accueil dont l’idée seule nous flatte et nous émeut.