Ici, on ne rencontre que quelques rares tacots, bruyante et malodorante quincaillerie, dont les rues sont empoisonnées. On peut bien penser si notre belle Lorraine a fait son petit effet, surtout après les exploits qu’elle vient d’accomplir et qui lui valent déjà une renommée indo-chinoise… Je crois même pouvoir insinuer que les ronflements sonores et réguliers de son moteur ne sont pas sans faire naître quelque jalousie ! Car pour être chauffeur on n’en est pas moins homme !
28 avril 1908.
Nous allons consacrer cette journée et celle de demain à visiter la ville et les environs. Les quartiers indigènes, avec leurs boutiques et leurs bazars hétéroclites et bizarres et leurs théâtres bruyants, font de Pnom-Penh une capitale grouillante et joyeuse, et des monuments comme le Palais d’Argent et le pont des Nagas lui donnent une physionomie originale et rare.
29 avril 1908.
Encore un désappointement !… Il y a quelques chances pour que ce soit le dernier, mais nous n’en restons pas moins furieux !… Une dépêche de Mayréna m’annonce que la crue des eaux et le manque de ponts rendent absolument impraticable la route de Mytho à Saïgon… Ainsi nous voilà forcés de revenir jusqu’à Saïgon avec le bateau, au lieu de faire par nos propres moyens cette rentrée triomphale qui eût consacré le progrès de l’automobilisme en Indo-Chine… Jusqu’au bout de notre voyage l’eau sera donc notre continuelle ennemie.
Dans l’après-midi, puisqu’il faut renoncer aux joies du retour en auto, nous embarquons la voiture sur l’Atalo des Messageries Fluviales… Je viens de la voir solidement amarrée sur le pont, dont elle occupe toute la largeur. Demain nous prendrons le même bateau et nous accompagnerons tous jusqu’à Saïgon notre solide et vaillante compagne.
30 avril 1908.