M. Voreau, inspecteur des douanes, a l’amabilité de mettre à notre disposition sa chaloupe qui va nous conduire à Pnom-Penh (à la Capitale, comme on dit ici, tout naturellement d’ailleurs !). Ainsi, nous serons comme chez nous et confortablement installés.

Et nous liquidons !… C’est-à-dire que, dans l’après-midi, je paie et renvoie les trois charrettes qui nous ont suivis (et au besoin précédés, dirait M. Joseph Prudhomme !) depuis Tay-Ninh.

Le brave Nam-Ay et ses deux camarades avaient les larmes aux yeux en nous quittant. Je les regrette vivement, car ce sont trois fidèles et sûrs compagnons qui nous ont rendu bien des services pendant ce pénible voyage.

Après le dîner, au moment où nous embarquons, M. Dessenlis nous comble de joie en nous donnant plusieurs splendides trophées de buffles et de cerfs qui, joints à ceux que M. Chambert a eu la bonté de nous offrir, seront, pour des chasseurs impénitents comme nous, le plus agréable souvenir de notre séjour au Cambodge.

A dix heures, nous partons après un dernier adieu à Kompong-Cham et à notre charmant hôte.

… N’oublions pas pourtant, en quittant cette ville, de consacrer une mention peu honorable à notre ex-boy-interprète-guide-cuisinier, le fâcheux Brin-d’Amour qui, toujours en prison, continue de méditer sur les bienfaits de l’automobile et les méfaits de l’horlogerie européenne.


27 avril 1908.

Après une nuit paisible sur le grand fleuve, une de ces nuits où le sommeil bercé par le chant monotone des sampaniers que l’on croise devient une véritable volupté, nous débarquons à six heures du matin et nous nous rendons au Grand-Hôtel où nous devons descendre pendant notre séjour à Pnom-Penh. Guérin, arrivé d’hier au soir, a mis la voiture au meilleur garage de la ville (c’est d’ailleurs le seul !).

A l’œil du chauffeur, la capitale du Cambodge est fort en retard sur celle de la Cochinchine où l’automobilisme est déjà populaire.