Cela vous entre dans le cerveau comme la vrille dans une planche et vous taraude l’entendement jusqu’aux limites de la folie furieuse.
Ah ! le voilà, le voilà bien le grand silence de la campagne indo-chinoise !
Dans de pareilles conditions, l’on ne s’étonnera point que nous ayons ce matin devancé l’aurore aux doigts de roses… N’ayant pu fermer l’œil de la nuit, malgré toute notre fatigue, nous n’avons pas même eu la peine de nous réveiller.
La tête lourde, les yeux rouges et les membres engourdis, nous quittons pourtant sans regret nos lits pliants, soutenus par l’espoir de nous réconforter avec le petit déjeuner dont la préparation toute sommaire fut commise hier soir aux soins de Brin-d’Amour.
A ce seul nom, plein de promesses, le lecteur perspicace aura deviné l’effet de cette confiance exagérée : pas plus de petit déjeuner que de restaurants aux environs !
Interrogé sans aménité, Brin-d’Amour semble trouver que notre enquête affamée frise l’indiscrétion : et à toutes nos questions, il se contente d’opposer cette ironique et paisible fin de non-recevoir, bien indo-chinoise :
— N’a pas moyen !
En effet, ce doux philosophe n’a rien préparé, ni feu, ni eau pour faire cuire notre café, ce précieux café, qui, lui du moins, fut sauvé des eaux… et qui d’ailleurs continue !
Vraiment Brin-d’Amour réalise, au delà de toute espérance, le type du boy à tout faire !
Par bonheur, notre fidèle compagnon se propose pour remplir l’intérim et suppléer aux défaillances de notre cuisinier. Nous acceptons avec joie et nous facilitons de bon cœur cette transmission de pouvoirs.