— Il faut toujours s’attendre à de l’imprévu.
… Et tout notre voyage, du reste, ne sera qu’un long commentaire de cette parole… épiscopale et prophétique !
Les contingences, ces satanées contingences, contre quoi mon professeur de philosophie me mit si fort en garde, se sont acharnées sur ma pauvre voiture…
En débarquant de l’Annam la caisse qui contenait le si précieux fardeau, le câble a cassé par deux fois et laissé tomber le tout à fond de cale, d’une hauteur que Guérin croit pouvoir évaluer à 10 mètres…
Un mètre de plus ou de moins… la conclusion est qu’il faut s’y mettre. A quoi bon se demander s’il sied de voir en cet accident un mauvais présage ? La volonté déjoue le destin ! Le mal est fait, il faut le réparer. A l’œuvre !
Forgerons, carrossiers, mécaniciens, tout le monde s’en est mêlé… et, au bout de quelques jours, il n’y paraît plus.
Toutefois, la Justice… (et la Vérité donc !) me font un devoir, d’ailleurs agréable à remplir, de reconnaître hautement que, sans la solidité extraordinaire de la voiture, notre voyage se serait terminé avant d’avoir commencé !… En effet, rien dans le châssis ni dans le mécanisme n’a gardé trace du choc effroyable dont ils avaient eu à souffrir. Bravo pour les Diétrich !
1er mars 1908.
Et maintenant, il s’agit… d’agir : mais on n’entreprend pas un pareil voyage sans un itinéraire bien établi.