Puisque aussi bien, grâce à l’initiative de Guérin, le malheur est en bonne voie de réparations (… et ce pluriel n’est pas involontaire), nous allons consacrer les deux ou trois jours qu’exige la mise en état complète de la voiture à recueillir des renseignements sur les chemins — si l’on peut appeler ainsi les voies de… non-communication qui nous séparent, bien plus qu’elles ne nous en rapprochent, des fameuses ruines d’Ang-Kor !
J’interroge d’abord Guérin, qui depuis quinze jours a eu le temps de se documenter : sa réponse concilie la netteté avec la concision. Ici tout le monde est unanime à déclarer que notre entreprise relève de la folie furieuse, et qu’il est matériellement impossible de tenter un pareil voyage en automobile.
— C’est de l’automaboulisme, a déclaré un fonctionnaire facétieux, et il faudrait avoir l’âme chevillée aux records…
Ces à peu près, de mauvais augure, ne me découragent pas : je m’attendais à de telles prédictions.
Hervé de Bernis tente une suprême démarche et va rendre visite au Résident supérieur, M. Outrey… Il revient accablé : un désespoir tranquille se lit dans son œil bleu.
Ainsi, tous les renseignements concluent à nous conseiller de reprendre le prochain courrier et de laisser Ang-Kor à d’autres… Je commence à en avoir assez des renseignements !
Ils sont trop !… quand il n’y en a plus… il y en a Ang-Kor.
La voiture est prête… qu’importe tout le reste ?
Je me rappelle les beaux vers de Baudelaire :