M. de Caland nous l’avait bien prédit. Tout de suite, grâce à l’aimable accueil de M. Beaudoin, nous nous sentons à l’aise et vraiment sous le charme. Nous jouissons avec délices de l’heure exquise, de la causerie délicate et légère, en un mot, nous retrouvons la France…

Rentré dans ma chambre, je refais par la pensée tout le chemin déjà parcouru et j’établis le petit bilan de notre voyage.

Voici neuf jours que nous avons quitté Saïgon… et nous ne sommes encore qu’à 200 kilomètres du lieu de notre départ. Nous avons fait en moyenne 22 kilomètres par jour. Il n’y a pas à se le dissimuler, une telle vitesse ne suffirait pas à nous classer dans un circuit et nous n’avons battu aucun record… si ce n’est pourtant le record de l’obstacle. Mais tel n’était pas notre but. Si lentement que nous avancions, nous arriverons toujours les premiers à Ang-Kor et rien ne sert de courir.

Je m’estime déjà fort heureux que nous ayons gagné un jour sur les prévisions de M. Beaudoin qui connaît le pays mieux que personne, qui comprend si bien l’intérêt de notre tentative et qui se rend compte des difficultés que nous traversons.

… Mais ma joie la plus vive et la plus réelle est encore de coucher ce soir dans un grand lit… où il fera bon rêver de la Ville au Bois dormant !

LA PASSERELLE DE KOMPONG-CHAM

ANG-KOR-THOM — PILÔNE