Il est quatre heures. Hervé de Bernis et Guérin prennent un sampan pour aller prévenir le Résident de notre arrivée.
Nous en profitons, le compagnon et moi, pour faire un brin de toilette, au petit bonheur, sur le bord de l’eau : nous mettons une cravate et une veste.
Une chaloupe à vapeur se détache de l’appontement qui nous fait face et se dirige vers nous.
M. Dessenlis, chancelier de la Résidence, en descend avec Bernis et Guérin. Il vient très aimablement, de la part de M. Beaudoin, nous souhaiter la bienvenue et nous emmener loger à la Résidence, avec armes et bagages. Nous acceptons de grand cœur cette gracieuse hospitalité.
Quant à la voiture, elle va rester ici, toute la nuit, sous la garde de deux linhs et de l’inévitable Brin-d’Amour qui se distingue surtout dans les fonctions sédentaires et de tout repos. Demain matin, on la passera sur l’appontement de la douane, remorquée par la chaloupe de la Résidence. Les charrettes qui viennent d’arriver resteront aussi sur le bord du fleuve jusqu’à demain.
Nous embarquons dans la chaloupe et nous traversons le Mé-Kong, un vrai bras de mer !
M. Beaudoin, qui ne nous attendait que demain, nous reçoit avec la plus charmante cordialité, nous fait faire le tour du propriétaire, nous montre nos chambres et une salle de douches. C’est, pour le moment, la salle de la Résidence qui nous inspire le plus d’admiration.
Après tout ce que nous venons de traverser, une douche bienfaisante nous semble une volupté inexprimable… Et pouvoir se changer, enfin !…
Il va sans dire que nous n’avons ni smoking, ni costumes blancs, le blanc n’étant pas précisément la couleur de l’automobilisme.
Notre garde-robe se réduit à un complet culotte à peu près présentable. Enfin, puisque M. Beaudoin veut bien excuser notre négligé, nos remords ne nous empêchent pas de faire honneur au dîner… et rarement il nous fut donné d’en faire d’aussi gai et d’aussi agréable.