Au sortir de la forêt, nous trouvons une vaste plaine que traverse une route sablonneuse. Cela ne nous dit rien qui vaille, mais le moteur travaille ferme et nous avançons sans encombres. Bientôt, par bonheur, cette route se sépare en deux et nous suivons celle de droite dont le sol est gazonné. Alors nous roulons sur le velours. A nous la quatrième vitesse. Cette route idéale est toute jalonnée de perches en bambous que couronne une touffe de feuilles : ce sont nos poteaux indicateurs.

— Tout un corps de balais, dit Guérin, et il ajoute :

— Quand on a été à la peine, c’est bien le moins qu’on soit jalonneur !

Je le regarde sévèrement, car je crois bien me rappeler que j’ai déjà lu cela quelque part… dans les œuvres complètes de Willy, sans doute !

Tout d’un coup, sans qu’on sache pourquoi, cette belle chaussée se termine dans une rizière.

Adieu la vitesse ! Voilà les bêtises qui recommencent.

N’importe ! nous avons gagné une fameuse avance sur notre horaire, il n’est que dix heures et nous avons déjà avalé 75 kilomètres, c’est-à-dire les trois quarts de ce record inespéré que nous promettait hier M. Beaudoin.

Maintenant nous roulons à travers des rizières, dont les indigènes ont coupé de place en place les remblais séparateurs afin de nous laisser passer. Malgré cette aimable attention, le terrain est très dur et nous retombons aux cahots : c’est la promenade des mille secousses.

Les fameux balais nous précèdent toujours et nous indiquent notre chemin.

A dix heures et demie, nous rentrons en forêt. La route est tortueuse et terriblement étroite, mais nous n’avons pas le droit de nous plaindre, car les coolies ont coupé les branches et les lianes qui auraient gêné notre passage. Et après les tristes aventures de ces derniers jours, nous nous estimons trop heureux de ne pas avoir à nous arrêter toutes les cinq minutes pour déblayer le chemin.