La fâcheuse panne semble nous guetter à chaque tour de roue…
Enfin, nous l’évitons à force de prudence et, vers cinq heures, nous arrivons à Pnow où nous attend un obstacle de tout premier choix.
En effet, nous avons à traverser ici une rivière qui a le triple talent (pour citer une chanson de France !) d’être à la fois large, profonde et de courant très fort.
Avec cette extrême obligeance, dont nous trouvons les preuves à mesure que nous avançons dans sa province, M. Chambert a fait établir une passerelle qui semble se tendre vers nous comme une amie. Cette passerelle « de fortune » est construite avec des branches et des bambous qui supportent des planches très longues, mais assez minces.
Nous commençons par l’examiner avec soin, comme les grands acrobates des music-halls inspectent les agrès sur lesquels ils doivent exécuter un exercice périlleux.
De prime abord, la solidité de ce léger édifice nous inspire quelque inquiétude : un brusque plongeon dans la rivière ne vaudrait rien pour notre voiture… et deux sûretés valent mieux qu’une ; aussi enlevons-nous quelques planches du centre pour renforcer les côtés où passeront les roues de la voiture.
Le temps nous manque pour prendre d’autres précautions. Si nous voulons arriver ce soir à Kompong-Thom, il faut se hâter et ne pas se perdre en hésitations.
Tout le monde descend et je reste seul à la direction.
Bernis et Guérin se tiennent en avant sur le pont improvisé pour m’avertir au cas où les roues ne suivraient pas la bonne voie… une voie de bois marquée par des planches supplémentaires qui font les fonctions de rails.
… De plus en plus, j’ai l’impression d’être un de ces numéros « sensationnels » pour qui le manager réclame le silence au public… et je crois entendre une voix solennelle prononcer la phrase qui fait passer un petit frisson dans le dos des spectateurs…