M. Chambert nous fait gentiment part de la forte résolution qu’il a prise de ne nous laisser partir qu’à la dernière extrémité ! Comme je lui ai laissé voir ma passion pour la chasse, il tient à nous garder le plus longtemps possible, afin que nous chassions tous les jours dans les environs. Et déjà il arrange une grande battue pour demain matin ; nous serons à dos d’éléphants, ce dont nous nous réjouissons fort.

Les quelques jours que nous devons passer à la Résidence s’annoncent pleins d’agrément et de charme.


30 mars 1908.

A la demande générale, la chasse est remise à demain pour laisser reposer les braves éléphants revenus de Baraï et qui gardent encore dans les jarrets quelque fatigue du voyage.

Nous remplaçons la chasse par une promenade à cheval : j’en suis fort heureux, car l’automobilisme ne m’a aucunement brouillé avec l’équitation. En matière de sports surtout, il faut pratiquer le plus large éclectisme ; l’homme d’un seul sport risque de devenir un redoutable « Fâcheux », Molière s’en était avisé déjà. Aujourd’hui, les fâcheux sont devenus des raseurs, leur nom seul a changé.

… Des instructions sont données aux gouverneurs pour faire déblayer notre route le plus possible jusqu’à la province de Battambang.

M. Chambert écrit au Résident de cette province pour lui demander de bien vouloir en faire autant dans sa juridiction ; je ne puis dire assez combien je suis touché de cette aimable collaboration que nous avons trouvée partout jusqu’ici, et j’en reste très fier, car elle me prouve que notre voyage peut être utile à la colonie.

J’ai un itinéraire détaillé jusqu’à Siem-Reap.

Un pont sera établi ici, pour nous permettre de passer la rivière et nous n’en prévoyons pas d’autre sur toute la route. Nous n’aurons à traverser que deux grandes mares très peu profondes.